Une personne m'a adressé ce texte que j'ai trouvé magnifique...Je voulais vous le faire partager...Cette personne dit n'être pas douée pour l'écriture, alors que son fils l'était...Le père serait "inspiré" par le fils... A vous de juger...Lisez le...Pour "eux"...
LA SAISON DES SIGNES
Plus d'un demi-siècle de ma vie vient de s'écouler, en ce mois d'octobre, je suis là assis sur le fauteuil de cuir mauve du salon et mon regard survole tous les objets de cette pièce et comme à chaque fois mes yeux se fixent sur le portrait de mon fils posé sur le piano, ce piano que nous avions acheté pour parfaire son éducation musicale, ce piano dont les notes ont cessé de raisonner dans la maison.
Cet objet musical imposant ne sert plus désormais que de support à cette photo que le temps a figé, je scrute son regard si vivant, je cherche une réponse, je ne reçois que le bleu de ses yeux comme unique vision.
Cette nouvelle journée qui s'annonce, comme toutes les autres journées, je vais la subir, je n'aurai aucune emprise sur elle, c'est elle qui a la main, je n'ai d'autre destin que de courber l'échine et la consommer, en espérant qu'elle passe, qu'elle glisse sur moi sans accrocher mon âme déjà bien malade.
Nous voici donc en ces premiers jours d'automne, où le ciel s'assombrit où la grisaille gagne sur le bleu de l'été, les couleurs de la vie vont se vêtir de jaune et rouge, avant que ne tombe sur nous le froid de cette autre saison qui s'annonce et qui se nomme l'hiver.
Il est des saisons qui nous rappellent des faits qui resteront à jamais dans les mémoires de certaines générations, comme il est des mois, des jours qui sont et qui seront éternellement liés à des drames que l'on voudrait ne jamais avoir vécus, chacun en ce bas monde, nous trimbalons des valises trop lourdes à porter.
La maladie, comme la mort n'a pas d'âge, elle touche le nourrisson, l'enfant, l'adolescent, l'homme mûr, comme la personne âgée, elle est là, elle nous guette, elle nous traque et le moment venu elle nous frappe...
Qui n'a pas vécu la disparition d'un proche qui marque à tout jamais l'esprit mais également l'âme ?
Cette âme qui se cherche un autre chemin que la souffrance perpétuelle, pour avancer, redémarrer, ne pas s'effondrer dans un monde dont nous avons perdu certains repères.
Nos yeux ne voient plus ce monde avec les couleurs chaudes de la vie, mais uniquement les sombres nuances d'un paysage inconnu, vierge de toute illusion et de sensation.
Devant un tel désarroi, notre seul fait d'armes est d'avoir versé tant de larmes, tant de gouttes ont coulé sur nos joues que des sillons ont fini par se creuser, jamais ils ne pourront se combler, ils sont autant de cicatrices que la douleur nous inflige.
La mort a frappé à notre porte et s'est niché non seulement dans notre antre, mais également dans notre être, nous la portons en nous chaque jour davantage, elle se mue, se propage et nous emporte dans un tourbillon d'images, de souvenirs et qui ne sont à nos yeux aujourd'hui que mirages.
Le bonheur des autres quelques fois nous dérange, nous met mal à l'aise, une forme de culpabilité s'installe qui nous lacère inlassablement car pour nous il n'y aura plus de véritable « bonheur », ce terme nous paraît d'ailleurs une insulte, nous ne nous pouvons imaginer ressentir du bonheur, nous n'en avons plus le droit...
Heureux, merveilleux, et tant d'autres qualificatifs que nous n'osons plus prononcer, tout comme : « Mourir de rire », « Elle est pas belle la vie », ces expressions familières, qui nous font mal car pour nous à présent c'est : « Mourir de chagrin » et « Elle n'est plus belle la vie »
Combien de fois nous arrive t-il de chercher une route, une piste, pour ne pas nous isoler, nous fermer à toute cette agitation stérile que nous percevons et qui nous navre ?
Et pourtant chacun de nous avance, à son rythme, dans ce monde qui ne ressemble plus à ce que nous avons connu avant, avant le drame, avant que tout notre être ne bascule dans une autre dimension celle que nous qualifions de « Survivance ».
La société est ainsi faite qu'aujourd'hui, plus qu'hier, les faibles, les traumatisés de la vie doivent avancer, ne pas se retourner, faire en sorte que l'autre ne se doute de la plaie béante qui est la sienne, non la société actuelle ne peut supporter la souffrance des autres de peur qu'elle ne rejaillisse sur elle.
Alors certains d'entre nous, ensevelissent au fond d'eux même ce qu'ils veulent oublier, mais rien n'est définitivement enfoui, à tout moment, des faits, des images, des mots font se réveiller ces traumatismes et il faut chaque fois repartir, refaire le chemin de l'oubli et c'est un nouveau chemin de croix qui se présente.
Faire semblant, toujours semblant, être vivant, montrer aux autres que l'on est comme eux, que la vie vaut d'être vécue, tout simplement paraître, mais paraître ce n'est pas être, ne pas être soi-même, c'est renvoyer une image qui n'est pas la nôtre, jouer un rôle, mais pour combien de temps encore ?
D'autres, ne veulent et ne peuvent oublier et n'ont d'autres choix que de trouver le moyen de continuer la route tracé |